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Arrêt maladie non professionnel : les conditions exactes pour toucher le maintien de salaire
Maintien de salaire en arrêt maladie non professionnel : conditions d'ancienneté, délai de carence de 7 jours, durées et recours en cas de refus.
Par L'équipe éditoriale LettreClair — Rédaction et vérification des références légales.

Maintien de salaire en arrêt maladie : quelles conditions d'ancienneté faut-il remplir ?
La condition d'ancienneté est le premier filtre. Selon l'article L1226-1 du Code du travail, issu de la loi de mensualisation du 19 janvier 1978, seul le salarié justifiant d'un an d'ancienneté ininterrompue dans l'entreprise a droit au complément employeur. En dessous de ce seuil, l'employeur n'est légalement tenu à rien, même si vous êtes en arrêt depuis plusieurs semaines. Vous percevez alors uniquement les indemnités journalières de la Sécurité sociale, sous réserve de remplir leurs propres critères d'ouverture de droits.
Deux autres conditions s'ajoutent, sans lesquelles l'obligation patronale ne se déclenche pas. L'arrêt de travail doit d'abord être pris en charge par la Sécurité sociale : si la CPAM rejette votre dossier, faute de droits suffisants ou de cotisations, l'employeur est libéré de toute obligation. Par ailleurs, vous devez être soigné en France ou dans un État de l'Union européenne. Un arrêt établi lors d'un séjour hors UE peut soulever des difficultés de prise en charge qui bloquent le déclenchement du complément.
L'ancienneté s'apprécie à la date du début de l'arrêt, pas à celle de l'envoi du certificat. Si vous avez 11 mois d'ancienneté quand vous tombez malade, l'arrêt ne sera pas couvert même s'il se prolonge jusqu'à votre douzième mois dans l'entreprise. Ce point est souvent source de mauvaises surprises pour les salariés récemment embauchés.
La règle des 48 heures et le délai de carence de 7 jours
Ces deux délais sont distincts et régulièrement confondus.
L'obligation de transmission sous 48 heures : vous devez envoyer votre arrêt à votre employeur (et à la CPAM) dans les 48 heures suivant la prescription médicale. Ce délai est une condition de maintien du droit à l'indemnisation complémentaire. Un envoi tardif répété peut légitimer une réduction ou une suppression du complément. Envoyez toujours votre arrêt par un moyen traçable : un courriel avec accusé de réception suffit souvent en pratique, mais la lettre recommandée reste la preuve la plus solide si un litige survient.
Le délai de carence de 7 jours : l'employeur ne doit verser aucun complément pendant les 7 premiers jours d'arrêt. Ce délai court à compter du premier jour d'absence. La CPAM applique de son côté son propre délai de carence pour le versement des indemnités journalières. Pendant cette période initiale, sauf convention collective plus favorable, vous ne percevez rien ni de la Sécurité sociale ni de votre employeur.
Conséquence concrète : un arrêt de 8 jours ne vous ouvre droit au complément employeur que pour 1 seul jour, le huitième. Pour un arrêt de 10 jours, vous serez indemnisé sur 3 jours par l'employeur. Ce mécanisme incite à ne pas sous-estimer la durée d'un arrêt court.
Combien de temps dure le maintien de salaire selon l'ancienneté ?
La durée d'indemnisation est croissante avec l'ancienneté. L'article L1226-1 du Code du travail pose le principe et renvoie à un décret d'application pour fixer les paliers exacts. Les taux sont typiquement de 90 % du salaire brut pendant la première période, puis des deux tiers (environ 66,67 %) pendant la seconde. Le tableau ci-dessous résume les durées légales minimales issues de ce cadre légal ; votre convention collective peut prévoir des paliers plus favorables.
| Ancienneté dans l'entreprise | Durée à 90 % du salaire brut (indicatif) | Durée aux 2/3 du salaire brut (indicatif) |
|---|---|---|
| 1 à 5 ans révolus | 30 jours | 30 jours |
| 6 à 10 ans révolus | 40 jours | 40 jours |
| 11 à 15 ans révolus | 50 jours | 50 jours |
| 16 à 20 ans révolus | 60 jours | 60 jours |
| 21 à 25 ans révolus | 70 jours | 70 jours |
| 26 à 30 ans révolus | 80 jours | 80 jours |
| Au-delà de 30 ans | 90 jours | 90 jours |
Ces durées sont fixées par le décret d'application de l'article L1226-1 et s'entendent carence déduite, sur une période de 12 mois consécutifs. Vérifiez votre convention collective, qui peut prévoir des paliers plus généreux.
Si vous avez plusieurs arrêts dans l'année, les jours d'indemnisation s'additionnent et s'imputent sur ce plafond annuel. Le montant versé par l'employeur vient en complément des indemnités journalières de la Sécurité sociale : l'employeur verse la différence entre ce que vous percevez de la CPAM et le taux prévu. Il ne vous paye pas deux fois le même montant.
Deux cas concrets pour mesurer l'impact réel
Cas 1 : Sofia, en poste depuis 3 ans, arrêtée 21 jours. Sofia travaille en CDI depuis 36 mois. Son salaire brut mensuel est de 2 400 euros. Elle transmet son arrêt sous 48 heures. Le délai de carence de 7 jours s'écoule sans indemnisation employeur. À partir du 8e jour, elle bénéficie du complément pendant 14 jours (jours 8 à 21), au taux de 90 % de son brut, après déduction des indemnités journalières. Sur ces 14 jours, son revenu total approche 90 % de ce qu'elle aurait perçu en travaillant. Sans ancienneté suffisante, elle n'aurait eu que les indemnités journalières de la Sécurité sociale, nettement inférieures à son salaire habituel.
Cas 2 : Thomas, 12 ans d'ancienneté, arrêté 65 jours pour une opération. Thomas bénéficie du palier correspondant à sa tranche d'ancienneté : 50 jours à 90 % puis 50 jours aux deux tiers. Son arrêt de 65 jours, carence de 7 jours déduite, représente 58 jours effectivement indemnisables. Les 50 premiers sont couverts à 90 %, les 8 suivants aux deux tiers. À partir du 66e jour d'arrêt dans l'année, l'employeur ne lui doit plus rien légalement. Si Thomas a une convention collective plus favorable, ces plafonds peuvent être relevés. Passé l'épuisement de ses droits légaux et conventionnels, il doit se tourner vers d'autres dispositifs, décrits ci-dessous.
Que faire quand le maintien de salaire est épuisé ?
Quand les plafonds légaux et conventionnels sont atteints, trois pistes méritent d'être explorées sans attendre.
La première est la prévoyance collective. Beaucoup d'entreprises ont souscrit un contrat de prévoyance obligatoire couvrant l'incapacité de travail au-delà des obligations légales. Vérifiez votre contrat de travail, votre accord d'entreprise ou demandez à votre service RH une notice d'information sur le régime de prévoyance. Le versement est souvent automatique mais peut nécessiter une déclaration de sinistre auprès de l'organisme assureur.
La deuxième piste est le mi-temps thérapeutique. Si votre médecin estime que vous pouvez reprendre partiellement, ce dispositif permet de cumuler une activité à temps partiel avec des indemnités journalières de la CPAM. Il faut une prescription médicale et un accord de votre employeur et de la caisse.
Enfin, si l'arrêt est très long et que votre état de santé se stabilise à un niveau qui compromet durablement votre capacité de travail, la reconnaissance du statut d'invalide (catégorie 1, 2 ou 3) par la CPAM ouvre droit à une pension d'invalidité. Cette démarche se fait à l'initiative de la caisse ou du médecin, mais vous pouvez aussi la solliciter directement.
Ce que la convention collective peut changer
La loi fixe un plancher, pas un plafond. Beaucoup de conventions collectives prévoient des conditions sensiblement meilleures : suppression ou réduction du délai de carence, ancienneté requise abaissée à six mois, taux maintenu à 100 % du net plutôt que 90 % du brut, durées d'indemnisation allongées.
Pour connaître votre convention collective, regardez votre bulletin de paie (mention obligatoire) ou votre contrat de travail. Le texte consolidé est accessible gratuitement sur Legifrance. Vérifiez également si votre employeur a conclu un accord d'entreprise sur la prévoyance collective : dans ce cas, c'est souvent un organisme assureur qui verse le complément, pas directement l'employeur, mais le résultat net est identique pour vous.

Questions fréquentes
Un arrêt maladie de 3 jours ouvre-t-il droit au maintien de salaire ? Non. Le délai de carence légal est de 7 jours. Un arrêt de 3 jours ne déclenche aucune obligation de complément employeur, quelle que soit votre ancienneté. Certaines conventions collectives réduisent ce délai, parfois à zéro : vérifiez la vôtre avant de conclure.
Peut-on perdre le droit au maintien de salaire si on ne transmet pas l'arrêt dans les 48 heures ? Oui, un envoi hors délai peut justifier un refus ou une réduction de l'indemnisation complémentaire. En pratique, les employeurs tolèrent parfois un léger retard la première fois, mais un envoi systématiquement tardif peut être sanctionné. Envoyez toujours votre arrêt dès réception, par tout moyen traçable.
Le maintien de salaire s'applique-t-il pendant la période d'essai ? Non. Un salarié en période d'essai n'a pas encore un an d'ancienneté. L'obligation légale de complément employeur posée par l'article L1226-1 ne s'applique donc pas. Seules les indemnités journalières de la Sécurité sociale peuvent être versées si les conditions de cotisation sont remplies.
Que faire si l'employeur refuse de verser le complément alors que j'y ai droit ? Commencez par adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Vous pouvez y reprendre cette phrase type : "Je vous mets en demeure, par la présente, de me verser le complément de salaire prévu à l'article L1226-1 du Code du travail, soit [montant] euros, dans un délai de 8 jours, faute de quoi je saisirai le Conseil de prud'hommes." Cette mise en demeure fait courir les intérêts de retard en application de l'article 1344 du Code civil et de l'article 1231-6 du Code civil. Sans réponse satisfaisante dans ce délai, la saisine du Conseil de prud'hommes est la voie normale. Le délai de traitement varie selon les juridictions, mais une audience de conciliation intervient généralement dans les semaines suivant la saisine.
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