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Rompre un CDD avant son terme : les seuls cas légaux (et les indemnités dues)
Rupture anticipée d'un CDD : les 5 cas légaux, les indemnités dues et les dommages-intérêts encourus hors de ces cas.
Par L'équipe éditoriale LettreClair — Rédaction et vérification des références légales.

Rupture anticipée CDD cas légaux : ce que dit vraiment l'article L1243-1
Un CDI peut être rompu pour motif économique, pour mésentente, pour réorganisation. Un CDD, non. Le principe est d'ordre public : le contrat court jusqu'à son terme, point. Aucune clause contractuelle, aucun accord verbal, aucun motif économique ne peut remplacer les cas prévus par la loi. C'est l'article L1243-1 du Code du travail qui le pose sans ambiguïté.
Ce caractère impératif est souvent sous-estimé. Des employeurs croient pouvoir rompre un CDD "d'un commun accord verbal" ou en invoquant une baisse de commandes. Juridiquement, cela n'existe pas. La rupture est soit légale, soit illicite. Il n'y a pas de troisième voie.
Une précision utile avant d'entrer dans le détail : la période d'essai du CDD reste soumise à un régime distinct, régi par l'article L1242-10. Pendant cette période, la rupture est libre pour chaque partie. C'est ensuite, une fois la période d'essai expirée, que L1243-1 prend le relais et ferme presque toutes les portes.
Les 5 cas légaux de rupture anticipée d'un CDD, un par un
L'accord amiable. L'article L1243-1 ouvre la première porte : "sauf accord des parties". Cela signifie que les deux parties peuvent décider ensemble, librement, de mettre fin au contrat avant l'échéance. La loi n'impose aucune forme particulière, mais un écrit signé des deux côtés est indispensable comme preuve. Attention : une rupture amiable ne prive pas le salarié de l'indemnité de fin de contrat (la prime de précarité). Trop d'employeurs l'ignorent et se retrouvent assignés aux prud'hommes.
La faute grave. Elle peut émaner du salarié comme de l'employeur. Si c'est le salarié qui commet une faute grave pendant l'exécution du contrat, l'employeur doit respecter la procédure disciplinaire avant de notifier la rupture, et la prime de précarité ne sera pas due. Si c'est l'employeur qui commet la faute grave (non-paiement du salaire, situation de harcèlement, refus de fournir le travail convenu), le salarié peut procéder à une prise d'acte par lettre recommandée avec accusé de réception : il quitte immédiatement son poste et peut réclamer des dommages-intérêts ainsi que la prime de précarité.
La force majeure. L'événement doit être imprévisible, inévitable, insurmontable et extérieur à l'entreprise, rendant la poursuite du contrat objectivement impossible. Une baisse de chiffre d'affaires ou la perte d'un client ne constituent pas une force majeure. En revanche, un incendie détruisant les locaux peut l'être. La subtilité : lorsque la force majeure résulte d'un sinistre, l'employeur doit verser une indemnité compensatrice égale aux salaires que le salarié aurait perçus jusqu'au terme du contrat, même si le cas de force majeure est incontestable. La prime de précarité, elle, n'est pas due dans ce cas.
L'inaptitude constatée par le médecin du travail. Un arrêt du médecin traitant ne suffit pas. Seul l'avis d'inaptitude rendu par le médecin du travail ouvre cette possibilité de rupture. Avant de rompre le contrat, l'employeur doit rechercher un reclassement compatible avec les préconisations médicales, sauf si l'avis du médecin mentionne expressément que tout maintien dans l'emploi est impossible. Sur la question de la prime de précarité en cas de rupture pour inaptitude, les règles varient selon l'origine professionnelle ou non de l'inaptitude et selon les conventions collectives applicables : mieux vaut consulter sa convention collective ou un conseil avant de trancher.
L'embauche en CDI. C'est le cas le plus sollicité en pratique, et celui qui génère le plus de malentendus. Ce droit appartient exclusivement au salarié : l'employeur ne peut pas s'en prévaloir pour se débarrasser d'un salarié en CDD. Le fondement est l'article L1243-2 du Code du travail. Le salarié doit produire un justificatif de la conclusion du CDI (contrat signé, promesse d'embauche ou lettre d'engagement précisant la date de prise de poste). Un simple entretien prometteur ne suffit pas. Le préavis est calculé à raison d'1 jour ouvré par semaine de durée totale du contrat, renouvellements inclus, plafonné à 2 semaines. L'employeur ne peut pas refuser ce départ ni réclamer de dommages-intérêts si le préavis est correctement respecté.
Un cas plus marginal existe pour les CDD à objet défini (missions longues cadres/ingénieurs, fondées sur le 6° de l'article L1242-2) : une rupture pour motif réel et sérieux devient possible 18 mois après la conclusion du contrat, puis à chaque date anniversaire.
Tableau récapitulatif : rupture CDD selon le cas
| Cas de rupture | Qui peut l'invoquer | Préavis | Prime de précarité 10 % | Indemnité compensatrice sinistre |
|---|---|---|---|---|
| Accord amiable | Les deux parties | Selon accord | Oui | Non |
| Faute grave du salarié | Employeur | Non | Non | Non |
| Faute grave de l'employeur | Salarié (prise d'acte) | Non | Oui, plus dommages-intérêts | Non |
| Force majeure (sinistre) | Employeur | Non | Non | Oui (salaires jusqu'au terme) |
| Force majeure (autre) | Employeur | Non | Non | Non |
| Inaptitude (médecin du travail) | Employeur | Non | À vérifier selon convention | Non |
| Embauche en CDI | Salarié uniquement | 1 j/semaine, max 2 semaines | Non due | Non |
| Rupture illicite par l'employeur | N/A | N/A | Oui, plus dommages-intérêts | N/A |
| Rupture illicite par le salarié | N/A | N/A | Non due | N/A |
Rompre un CDD avant terme hors de ces cas : les dommages-intérêts dus
Sortir de ces cinq cas, c'est s'exposer à une condamnation aux prud'hommes. Les règles diffèrent selon qui rompt illicitement.
Si c'est l'employeur. L'article L1243-4 du Code du travail fixe un plancher : les dommages-intérêts doivent être au moins égaux aux rémunérations que le salarié aurait perçues jusqu'au terme. Ce plancher ne plafonne rien : la Cour de cassation admet que le salarié puisse réclamer la réparation d'un préjudice distinct (perte de chance, préjudice moral). Ces dommages-intérêts se cumulent avec la prime de précarité.
Prenons un exemple concret. Sofia travaille en CDD de 6 mois à 2 000 euros brut par mois. Son employeur rompt le contrat à la fin du 2e mois, sans faute grave ni force majeure, estimant que "le courant ne passe plus". Elle peut réclamer : dommages-intérêts minimum = 4 mois x 2 000 euros = 8 000 euros brut, plus la prime de précarité de 10 % calculée sur les 2 mois travaillés, soit 400 euros supplémentaires. Total minimum : 8 400 euros brut, hors préjudice distinct éventuellement reconnu.
La démarche pour Sofia : envoyer une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (voir le modèle sur /demandes/mise-en-demeure), puis saisir le Conseil de prud'hommes du lieu de l'entreprise si l'employeur ne répond pas ou refuse.
Si c'est le salarié. L'article L1243-3 du Code du travail s'applique. L'employeur peut réclamer des dommages-intérêts correspondant au préjudice subi réel : coût de recrutement d'un remplaçant en urgence, perte de production pendant la vacance du poste. Contrairement au cas de rupture illicite par l'employeur, la loi ne fixe pas de plancher. Le préjudice doit être prouvé et chiffré.
Deuxième cas concret. Antoine est en CDD de 4 mois. Il démissionne du jour au lendemain sans justificatif de CDI, car il estime trouver mieux. Son employeur justifie 1 500 euros de frais d'intérim pour le remplacer en urgence. Antoine peut être condamné à rembourser ce montant.
L'indemnité de fin de contrat : ce que le salarié touche à l'issue d'un CDD
Hors des cas d'exclusion, l'article L1243-8 du Code du travail prévoit une indemnité de fin de contrat égale à 10 % de la rémunération totale brute versée pendant toute la durée du contrat, renouvellements inclus. Elle est versée avec le dernier salaire et doit figurer sur le bulletin de paie.
La base de calcul comprend les salaires bruts, les primes et les majorations pour heures supplémentaires. Sont exclus : les remboursements de frais, les indemnités de congés payés déjà versées, la participation et l'intéressement.
Une convention collective peut abaisser ce taux à 6 % minimum, à condition que l'employeur propose en contrepartie un accès à des actions de formation professionnelle (article L1243-9). Si votre contrat mentionne 6 %, vérifiez que cette contrepartie est bien prévue.
La prime n'est pas due dans quatre situations : faute grave du salarié, refus du salarié d'un CDI proposé par l'employeur pour le même poste, poursuite de la relation en CDI, ou rupture anticipée illicite à l'initiative du salarié.
Pour estimer ce que vous représente cette indemnité, utilisez le calculateur d'indemnité de licenciement comme base de comparaison, et consultez aussi la page dédiée à la rupture conventionnelle si vous envisagez une autre sortie de contrat.

Questions fréquentes
Peut-on rompre un CDD avant terme pour embauche en CDI sans justificatif ? Non. L'article L1243-2 exige la preuve de la conclusion effective du CDI : contrat signé, promesse d'embauche ou lettre d'engagement mentionnant la date de prise de poste. Un entretien passé, même très prometteur, ne suffit pas. Sans ce justificatif, la rupture est illicite et l'employeur peut réclamer des dommages-intérêts.
Quel est le préavis quand on rompt un CDD pour embauche en CDI ? Il est calculé à raison d'1 jour ouvré par semaine de durée totale du CDD, renouvellements inclus, dans la limite de 2 semaines. Pour un CDD de 3 mois (environ 13 semaines), le préavis est de 13 jours ouvrés, soit déjà le plafond de 2 semaines. Pour un CDD de 6 semaines, le préavis sera de 6 jours ouvrés. L'employeur et le salarié peuvent d'un commun accord réduire ou supprimer ce préavis.
Que faire si l'employeur rompt mon CDD sans motif légal et refuse de payer ? Commencez par adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, en réclamant le versement des dommages-intérêts prévus par l'article L1243-4 et de la prime de précarité (article L1243-8). Si l'employeur reste silencieux ou refuse, saisissez le Conseil de prud'hommes compétent. Un modèle de mise en demeure est disponible sur /demandes/mise-en-demeure. Vous pouvez aussi consulter la page /rh/demission pour comprendre comment distinguer votre situation d'une démission volontaire.
La rupture d'un CDD pour inaptitude nécessite-t-elle toujours une recherche de reclassement ? Oui, sauf si l'avis d'inaptitude du médecin du travail mentionne expressément que tout maintien du salarié dans l'entreprise est impossible. Dans tous les autres cas, l'employeur doit chercher activement un poste compatible avec les restrictions médicales avant de pouvoir rompre le contrat. Un arrêt du médecin traitant, même prolongé, ne suffit pas à déclencher cette procédure : seul l'avis du médecin du travail compte.
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